La science derrière nos revendications

À date, les principaux engagements du textile français pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre figurant dans le Fashion Pact (une coalition mondiale d’entreprises du textile formée lors du G7 de Biarritz en 2019) reposent sur deux formes d’actions1 :
  1. L’incorporation de matières dites éco-responsables : lyocell, coton bio, coton recyclé, lin, polyester recyclé…
  2. La diminution des émissions liées au fonctionnement interne (bureaux ou magasins).

Bien que louables, ces actions sont largement insuffisantes. Pour maintenir le réchauffement climatique à moins de 1,5°C , le secteur textile doit diviser ses émissions de gaz à effets de serre par trois d’ici 2050.

En effet, 69% des émissions du secteur textile2 proviennent de l’énergie consommée par les machines qui transforment la matière en vêtement (filature, teinture, tissage, ennoblissement, lavage...) dans les lieux de production, notamment car la production a majoritairement lieu dans des pays d’Asie au mix énergétique fortement carboné. Les émissions liées aux matières premières, magasins et bureaux sont secondaires.

Répartition des émissions d’un vêtement tout au long de son cycle de vie (hors usage et fin de vie) d’après les études Quantis et McKinsey.

Alors comment réduire les émissions de machines textiles ?

L'amélioration de l’efficacité énergétique des machines n’est pas une solution viable en raison de l’effet rebond : améliorer les rendements des machines fait baisser les prix des produits et donc augmenter la consommation. Un effet présent dans tous les secteurs économiques, comme les transports ou le numérique, et une constante dans l’industrie textile depuis la Révolution Industrielle.

De même, l’utilisation de matières recyclées est une solution très partielle. En effet, si le recyclage réduit la pression sur la matière, il ne diminue que très peu l’énergie consommée : seulement 5,9 % des émissions carbone de la filière seraient économisées dans le cas où 40 % de recyclage avec réincorporation seraient atteints3.

Les trois leviers principaux pour diminuer les émissions de GES du secteur textiles sont les suivants :

  • La réduction globale des volumes de vêtements neufs produits

  • La relocalisation de cette production dans des pays où l’énergie est peu émettrice en gaz à effet de serre

  • Le développement du réemploi et de la réparation

La recherche d’amélioration de la durabilité des vêtements peut être étudiée mais ne doit pas être prioritaire.

Présentation de quelques éléments scientifiques sous-jacents au mouvement En Mode Climat. Atelier animé par Guillaume Declair, membre d'En Mode Climat et co-fondateur de Loom.